Ligne ferroviaire minière Ouest : l’Algérie construit un corridor stratégique pour Gara Djebilet et la logistique minière vers l’Afrique de l’Ouest

Avec la ligne ferroviaire minière Ouest, l’Algérie engage l’un des projets d’infrastructures les plus structurants de sa stratégie minière et industrielle. Longue de 950 km, reliant Béchar à Gara Djebilet via Béni Abbès et Tindouf, cette ligne lourde est conçue pour désenclaver l’un des plus grands gisements de fer d’Afrique et jeter les bases d’un corridor minier transsaharien tourné vers la Mauritanie et les marchés d’Afrique de l’Ouest.

Officiellement lancé par le président Abdelmadjid Tebboune, le projet dépasse la simple desserte d’un site minier : il vise à transformer en profondeur la géographie logistique, industrielle et commerciale du Sud-Ouest algérien.

Une infrastructure ferroviaire pensée pour le fret minier massif

La ligne ferroviaire minière Ouest est calibrée pour répondre aux contraintes du transport de vrac lourd, en particulier le minerai de fer de Gara Djebilet, dont les volumes nécessitent des solutions logistiques à grande capacité et à coûts maîtrisés.

Selon Youcef Ghazi, président du Conseil d’affaires algéro-mauritanien, ce corridor offre un accès plus rapide et plus compétitif aux marchés africains via Tindouf, modifiant l’équation économique du transport minier régional.

Le basculement du minerai de la route vers le rail constitue un levier clé :

  • réduction significative du coût à la tonne transportée,
  • amélioration de la fiabilité et de la régularité des flux,
  • sécurisation des chaînes d’approvisionnement minières,
  • accompagnement de la montée en puissance progressive de la production.

Pour le projet Gara Djebilet, cette infrastructure est déterminante : sans rail lourd, l’exploitation industrielle à grande échelle resterait limitée.

Désenclaver Gara Djebilet et sécuriser les débouchés industriels

Jusqu’ici enclavé, le gisement de Gara Djebilet s’inscrit désormais dans un système intégré mine–rail–industrie–port. La ligne permet l’évacuation continue du minerai vers :

  • les complexes sidérurgiques du Nord,
  • les ports algériens pour l’export,
  • et, à terme, un débouché méridional vers la Mauritanie et l’Afrique de l’Ouest.

Cette connectivité soutient la stratégie algérienne de montée en gamme industrielle :
alimenter la sidérurgie nationale, réduire les importations de matières premières et positionner l’Algérie comme fournisseur régional de minerai de fer et de produits semi-finis.

Un impact structurant pour les territoires du Sud-Ouest

Au-delà de la mine, le projet ferroviaire agit comme un catalyseur de développement territorial. Les régions de Béchar et Tindouf pourraient voir émerger :

  • des pôles logistiques spécialisés,
  • des bases de services miniers et industriels,
  • de nouveaux emplois directs et indirects,
  • un tissu économique lié au transport, à la maintenance et à la transformation.

La ligne devient ainsi un outil d’aménagement du territoire autant qu’un actif industriel.

Un corridor minier adossé à la zone de libre-échange de Tindouf

La ligne ferroviaire minière Ouest constitue l’épine dorsale de la future zone de libre-échange de Tindouf, lancée en février 2024 par les présidents algérien et mauritanien. Cette zone est pensée comme un hub minier, logistique et commercial transfrontalier, destiné à :

  • faciliter les flux de minerais,
  • accélérer l’importation d’équipements et d’intrants industriels,
  • encourager les activités de transformation locale.

L’ensemble sera renforcé par la route Tindouf–Zouerate, longue de plus de 800 km, actuellement en construction. Rail et route dessinent ainsi un corridor multimodal transsaharien reliant les bassins miniers algériens et mauritaniens aux marchés ouest-africains.

Le fret ferroviaire lourd comme levier de compétitivité régionale

Sur le plan opérationnel, la ligne ferroviaire minière Ouest doit permettre :

  • le transport massif du minerai de fer et des intrants industriels,
  • une baisse durable des coûts logistiques,
  • une meilleure prévisibilité des chaînes d’approvisionnement,
  • l’ouverture de nouvelles opportunités d’échanges miniers régionaux.

La proximité immédiate de la frontière mauritanienne positionne l’Algérie comme un acteur clé des flux miniers nord–ouest africains, offrant des itinéraires alternatifs pour l’export de vrac et l’importation d’équipements lourds.

Un pilier de l’ambition minière algérienne

Avec la ligne ferroviaire minière Ouest, l’Algérie pose les fondations d’une exploitation minière industrielle intégrée, à l’échelle régionale. Gara Djebilet cesse d’être un gisement isolé pour devenir un maillon central d’un corridor minier structurant entre l’Afrique du Nord et l’Afrique de l’Ouest.

À moyen terme, le succès du projet dépendra de plusieurs facteurs clés : capacités ferroviaires effectives, installations de chargement, interopérabilité avec les ports et les aciéries, et émergence de services logistiques spécialisés. Si le modèle tient ses promesses, cet axe pourrait redessiner durablement la géographie du commerce minier africain.

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