
Face aux impératifs du développement, l’Afrique continue de privilégier les énergies fossiles malgré les promesses de transition énergétique et l’urgence climatique. Le pétrole, en particulier, reste au cœur des stratégies économiques du continent, comme en témoigne la forte augmentation de la capacité de raffinage prévue d’ici 2030. . Cette orientation contraste avec le discours ambiant sur la décarbonation, alors que l’Afrique subit de plein fouet les conséquences du changement climatique.
Le développement contre le climat
Les sécheresses et autres catastrophes climatiques ont déjà causé des pertes économiques considérables en Afrique. Pour faire face aux besoins croissants en matière de santé, d’éducation, d’infrastructures et d’énergie, les gouvernements africains s’appuient massivement sur leurs ressources pétrolières. L’exportation de pétrole brut représente une source de revenus vitale, utilisée notamment pour le remboursement de la dette, comme c’est le cas au Nigeria.
En parallèle, les pays africains cherchent à augmenter la valeur ajoutée de ce secteur en développant des raffineries locales, une stratégie qui attire de plus en plus d’investissements privés grâce à des incitations fiscales et douanières. Des projets comme la raffinerie de Dangote au Nigeria ou celle de Cabinda en Angola illustrent cette tendance.
Une transition « équilibrée » et pragmatique
Conscients de la pression environnementale, les dirigeants africains défendent une approche équilibrée de la transition énergétique. Des responsables sud-africains ont récemment expliqué qu’ils ne peuvent pas sacrifier leur économie pour l’écologie. Ils estiment que la croissance, l’emploi et l’accès à l’énergie sont des conditions préalables à une véritable discussion sur la transition.
Ce pragmatisme se justifie par la faible contribution de l’Afrique aux émissions de gaz à effet de serre (4 % des émissions mondiales), alors que le continent doit satisfaire les besoins énergétiques d’une population en pleine expansion et financer son propre développement.
Un paradoxe mondial
L’orientation de l’Afrique n’est pas unique en son genre. Les investissements mondiaux dans les énergies fossiles sont en hausse, atteignant des sommets en 2024. Le pétrole, bien que souvent critiqué, reste un moteur essentiel de l’économie mondiale. La situation de l’Afrique ne fait donc que refléter, de manière amplifiée, ce paradoxe global : les nations prônent la transition, mais continuent de miser sur les énergies fossiles pour leur développement économique. En Afrique, cette dépendance pourrait bien perdurer, créant un moteur de croissance ambivalent et un obstacle à la durabilité à long terme.