Dans les secteurs de l’énergie et des mines, la sûreté et la sécurité ne relèvent plus uniquement de la conformité réglementaire ou de la gestion des risques opérationnels. Elles sont devenues des enjeux stratégiques majeurs, au même titre que la performance économique, l’accès à l’énergie ou la transition énergétique.
En Afrique, où de nombreux projets sont situés dans des zones isolées, sensibles ou politiquement complexes, la maîtrise des risques humains, industriels et sécuritaires conditionne directement la viabilité des investissements.
1. Sûreté et sécurité : deux notions complémentaires
Bien que souvent confondues, la sûreté et la sécurité recouvrent des réalités distinctes mais indissociables.
- La sécurité concerne la prévention des accidents industriels, la protection des travailleurs, des installations et de l’environnement (HSE, sécurité des procédés, prévention des incendies, explosions, pollutions).
- La sûreté traite des menaces intentionnelles : intrusions, sabotage, vols, vandalisme, terrorisme, criminalité organisée ou conflits communautaires.
Dans l’énergie et les mines, un incident de sûreté peut rapidement devenir un accident de sécurité, et inversement. D’où la nécessité d’une approche intégrée.
2. Des secteurs particulièrement exposés aux risques
Les projets énergétiques et miniers africains cumulent plusieurs facteurs de vulnérabilité :
- Implantation dans des zones reculées, parfois mal desservies
- Infrastructures critiques (centrales, pipelines, mines, lignes électriques)
- Forte intensité capitalistique, rendant chaque interruption coûteuse
- Présence de main-d’œuvre nombreuse, locale et expatriée
- Enjeux sociaux et fonciers avec les communautés riveraines
À ces risques structurels s’ajoutent, dans certaines régions, des menaces sécuritaires plus larges liées à l’instabilité politique ou aux groupes armés.
3. Sécurité industrielle et HSE : une exigence non négociable
La sécurité industrielle reste le socle de toute activité énergétique ou minière. Les accidents majeurs peuvent avoir :
- un coût humain dramatique,
- un impact environnemental durable,
- des conséquences juridiques et financières lourdes.
Aujourd’hui, les opérateurs sont soumis à des standards internationaux stricts :
- normes ISO (45001, 14001),
- exigences des bailleurs internationaux,
- standards de la Banque mondiale et de l’IFC.
Au-delà de la conformité, la culture sécurité devient un facteur de performance : moins d’accidents, moins d’arrêts de production, meilleure image auprès des investisseurs.
4. La sûreté des sites : un enjeu de continuité d’activité
La sûreté est devenue un sujet central dans de nombreux pays africains producteurs d’énergie et de ressources minières.
Les menaces les plus fréquentes incluent :
- vols de carburant et de minerais,
- intrusions sur les sites industriels,
- sabotages d’infrastructures énergétiques,
- tensions avec les communautés locales,
- risques terroristes dans certaines zones.
La protection des sites, du personnel et des flux logistiques est désormais intégrée aux plans de continuité d’activité et aux décisions d’investissement.
5. Le rôle croissant de la technologie
Les technologies jouent un rôle clé dans la modernisation de la sûreté et de la sécurité :
- vidéosurveillance intelligente et analyse comportementale,
- drones de surveillance des sites et des pipelines,
- capteurs périmétriques et systèmes d’alerte,
- cybersécurité des systèmes industriels (OT),
- plateformes numériques de gestion des risques.
Ces outils permettent une approche proactive, fondée sur l’anticipation plutôt que la réaction.
6. Sûreté, sécurité et ESG : un lien de plus en plus fort
Les critères ESG (Environnement, Social, Gouvernance) ont profondément changé la perception de la sûreté et de la sécurité.
- Un site dangereux ou mal sécurisé est désormais perçu comme un risque financier.
- Les investisseurs évaluent la capacité des opérateurs à gérer les crises, protéger les travailleurs et respecter les communautés.
- Les assureurs intègrent de plus en plus ces critères dans leurs modèles de couverture.
👉 La sûreté et la sécurité sont devenues des indicateurs de gouvernance et de crédibilité.
7. Vers une approche globale et intégrée
La tendance actuelle va vers :
- une gestion globale des risques,
- une intégration de la sûreté et de la sécurité dès la conception des projets,
- une meilleure coordination entre opérateurs, autorités et communautés locales,
- un investissement accru dans la formation et les compétences locales.
Cette approche est essentielle pour garantir la durabilité des projets énergétiques et miniers en Afrique.
Dans les secteurs de l’énergie et des mines, la sûreté et la sécurité ne sont plus des fonctions support. Elles constituent un pilier stratégique de la performance, de la durabilité et de l’attractivité des investissements.
En Afrique, où les risques sont multiples mais les opportunités immenses, les acteurs capables d’intégrer ces enjeux de manière professionnelle et anticipée disposeront d’un avantage compétitif décisif.



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